Cassandre

Ici s’achève la migration des oiseaux, notre migration, la migration des mots.

Et après nous, un horizon pour les nouveaux oiseaux ; après nous, un horizon pour les oiseaux nouveaux.

Et nous qui battons le cuivre du ciel, nous battons le ciel pour qu’il creuse des routes après nous.

Nous nous sommes concilié nos noms au versant des lointains nuages, les nuages lointains.

Nous descendrons bientôt comme des veuves dans la place des souvenirs.

Et nous dresserons notre tente pour les ultimes vents : soufflez, soufflez, que vive le poème.

Et vive le chemin qui y mène.

Après nous, l’herbe croîtra, l’herbe s’élancera

Aux abords des chemins que nous sommes seuls à avoir foulés, des chemins inaugurés par nos pas têtus.
Là, nous graverons sur les derniers rochers : vive la vie et vive la vie.

Puis nous tomberons en nous-mêmes, laissant après nous un horizon pour les nouveaux oiseaux.

(Mahmoud Darwich)


Qui se souvient de Cassandre ?
La prophétesse. La maudite.
Celle qui entendait avant les autres les cris de la guerre.
A l’heure où ne soufflait sur la plaine qu’un vent épais et silencieux. A l’heure où les villes n’existaient pas. A l’heure où il n’y avait que du sable. De la pierre. Et des Dieux.

Raconter Cassandre aujourd’hui ?
Parce qu’elle va où se niche la peur.
Parce qu’elle rappelle la part évacuée.
Parce qu’elle sait la destruction à venir.
Parce qu’elle reste inécoutée.

A travers cette création, Catherine Pierloz explore la musicalité d’une parole où affleurent les traces poétiques du mythe.
Elle ramène dans notre quotidien un personnage de tragédie antique, une prophétesse dont la parole a été moquée avant d’en reconnaître, trop tard, la véracité. Dans son ombre flottent toutes les voix muselées, impossibles à écouter, à cause de leur puissance dérangeante.
Catherine nous partage le récit de sa rencontre avec Cassandre, errante à l’endroit où se séparent le dehors et le dedans. Là où se guette le retour des dieux sauvages, qui dévorent ceux qu’ils initient.


Une réflexion sur “Cassandre

  1. C’est magnifique, Catherine.
    Le texte, ta voix, l’ambiance, l’image, la musique.
    J’aime beaucoup l’espace, et la vision – simple et efficace.
    C’est beau. Très.
    Et un bel hommage aux prophétesses de ce monde.
    Qui n’ont malheureusement pas fini d’être bafouées.

    Aimé par 1 personne

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