Kyra Kyralina – Panaït Istrati

La terre est belle ? … Mais non, c’est un mensonge !… Toute la beauté vient de notre cœur, tant que ce cœur est plein de joie. Le jour où cette joie s’envole, la terre n’est plus qu’un cimetière.


Ce n’est pas vrai du tout, que l’être humain soit une créature qui comprenne la vie. Son intelligence ne lui sert pas à grand-chose ; par le fait qu’il parle, il n’en est pas moins bête. Mais là où sa bêtise dépasse même l’inconscience des animaux, c’est quand il s’agit de deviner et de sentir la détresse de son semblable.
Il nous arrive, parfois, de voir dans la rue un homme à la face blême et au regard perdu, ou bien une femme en pleurs. Si nous étions des êtres supérieurs, nous devrions arrêter cet homme ou cette femme, et leur offrir promptement notre assistance. C’est là toute la supériorité que j’attribuerais à l’être humain sur la bête. Il n’en est rien !


Car la bonté d’un seul homme est plus puissante que la méchanceté de mille ; le mal meurt en même temps que celui qui l’a exercé ; le bien continue à rayonner après la disparition du juste.


Il y a partout des égarés, mais l’intelligence fait tomber les barrières même lorsqu’elle est habillée d’un uniforme militaire.


Mais nous découvrions maintenant qu’il y avait un « dehors », et que ce dehors, riche en lumière, embaumé de parfums sauvages, était bien plus beau :nous n’avions pas su jusque là ce que c’était que de courir derrière un papillon, de caresser une sauterelle verte, d’attraper de gros bourdons cornus, d’entendre les oiseaux chanter sur leur vaste empire, le grillon invisible à la tombée de la nuit croiser son cri-cri avec le lointain chalumeau du berger, l’abeille sortir à reculons d’une fleur, les pattes saupoudrées de pollen. Et surtout, nous n’avions aucune idée de la volupté que le cœur éprouve, quand le corps se baigne dans les caresses du vent qui souffle sur un champ d’été.


Si j’étais une alouette,
Comme elle je foncerais dans l’azur ;
Mais je ne descendrais plus sur la terre,
Où les hommes sèment le blé,
Où les hommes fauchent le blé,
Où l’on sème et l’on fauche sans savoir pourquoi…


Et toi, Dragomir, si tu ne veux pas être un homme vertueux, sois comme ta sœur et ta mère, sois un voleur même, mais un voleur qui ait du cœur, car l’homme sans cœur, mes enfants, c’est un mort qui empêche les vivants de vivre, c’est votre père…


Quelle règle, quelle compréhension fallait-il tirer de ma courte expérience, quand tant d’hommes, qui avaient commencé par se montrer bons et généreux, avaient fini par devenir bas et criminels ? Oui, à seize ans, je connaissais cette bassesse de l’âme humaine. Et je ne savais pas tout.


– Quel sacré garnement ! Que de bruit pour ne rien dire !…
Mikhaïl lui chuchota :

– C’est un bruit qui veut créer un silence quelque part, mais je ne sais pas où… En tout cas, il y a quelque chose de caché. »


Barba Yani était capable de marcher une journée entière sans prononcer un mot. Du regard, seulement, il me montrait ce qui était digne d’attention. Il appelait cela « prendre un bain désinfectant ». C’était bien ça. L’œuvre muette de la création purifie et rend à lui-même l’homme humilié par la bassesse et il n’y a pas d’homme, si puissant soit-il, qui pourrait passer par la vermine sans se sentir infecté.


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