Pour un portrait de moi – Anne Sylvestre

Pour un portrait de moi sans complaisance aucune
Mettez qu’on me désole trop facilement
Qu’il suffit de lâcher ma main juste un moment
Pour qu’aussitôt je vive une grande infortune
Oh, oh, oh


Mettez aussi qu’on peut me réduire au silence
Mais sans savoir jamais si je reparlerai
Que je ne comprends pas qu’on me mette au secret
Sourde comme un enfant placé en pénitence
Oh, oh, oh


Mettez qu’en vérité si l’amour me désarme
Je n’ai jamais cherché à éviter ses coups
Ne me consolez pas, vous qui m’aimez beaucoup
Je n’ suis jamais si belle que retenant mes larmes
Oh, oh, oh

Mettez qu’on aurait dû plutôt m’apprendre à vivre
Et ne pas me jeter au plus fort du courant
Alourdie de silences et portant des tourments
Que je ne connaissais qu’à travers quelques livres
Oh, oh, oh


Mettez que j’ignorais tous ces faux évangiles
Où le moindre faux pas pouvait faire douleur
Qu’on ne m’a pas appris à épargner mon cœur
Ni jamais enseigné à me sentir fragile
Oh, oh, oh


Mettez que si j’ai pu rencontrer le courage
Ma mère me l’offrit en me donnant son lait
Que je n’ai pas menti, sauf quand il le fallait
Que je dois à mon père d’avoir gardé la rage
Oh, oh, oh

Mettez que je n’ai peur que de la peur en somme
Que les enfants que j’ai restent mon seul joyau
Qu’une vieille blessure me tient lieu de noyau
Que je compte mes jours au pas du métronome
Oh, oh, oh

Mettez que je m’égare à tous les labyrinthes
Et que le fil se casse à mes doigts maladroits
Que jamais le chemin ne me mène à l’endroit
Où l’ombre que je poursuis a laissé son empreinte
Oh, oh, oh

Mettez que je n’ai su déjouer tous les pièges
Ni forcer les buissons de ronces enchevêtrés
Dites à cette ombre-là, si vous la rencontrez
Que je n’ai plus pour elle que des larmes de neige
Oh, oh, oh

Que des larmes de neige
Oh, oh, oh
Que des larmes de neige

2 réflexions sur “Pour un portrait de moi – Anne Sylvestre

  1. Portée par une parole à la fois forte et poétique, Anne Sylvestre a marqué mon parcours. Je l’ai vue trois fois ici en spectacle et une fois à Paris. J’ai même eu la chance de participer à un petit atelier d’écriture qu’elle a donné au Québec dans les années 90. Combien de fois j’ai chanté Une sorcière comme les autres pour mes proches. Et je garde un souvenir fort du vingt-cinquième anniversaire de mariage de mes parents, où j’aurai vu pleurer les dix soeurs de ma mère, qui l’entendaient pour la première fois. Merci, Anne Sylvestre. Merci Catherine.

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