L’eau se mêle à la boue dans un bassin à ciel ouvert – Keith Basso

« Le corps et l’esprit », affirme Baruch Spinoza, « sont une seule et même chose ». Si l’on tient cette affirmation pour vraie, il est difficile de concevoir une construction culturelle à l’influence spatiale aussi intimement liée aux idées de soi que la théorie apache occidentale sur la sagesse et sur ses sources. Incorporant les lieux et leurs significations au sein d’un modèle compact du développement mental et social, la théorie de l »igoya’i avance que les qualités humaines les plus honorables – le raisonnement appliqué et sans hâte, la résistance à la peur et à l’angoisse et le refus de l’hostilité et de l’orgueil – prennent corps au gré d’une réflexion soutenue sur les dimensions symboliques de l’environnement physique. Les éléments du paysage apache, leur riche pouvoir d’évocation et les nombreux récits tribaux qui rappellent leur importance mythique sont perçus comme des ressources au moyen desquelles les hommes et les femmes déterminés sont en mesure d’altérer des aspects de leur être, parmi lesquels, fondamentalement, leur mode de pensée. Et parce que ces changements de pensée s’accompagnent de changements de ligne de conduite, on peut dire de ces individus qu’ils se transforment. A mesure que ces hommes et ces femmes s’abreuvent aux sources des lieux qu’ils habitent – à mesure qu’ils acquièrent une connaissance de leur environnement naturel, qu’ils la gravent dans leur mémoire et l’appliquent de manière productive à leurs mécanismes mentaux -, ils démontrent à travers leurs actions que leur environnement vit en eux. A l’instar de leurs ancêtres, ils démontrent en paroles et en actes qu’il existe au-delà de la réalité visible une réalité morale qu’ils en viennent eux-mêmes à incarner. Et qu’ils parviennent ou non à finalement accéder à la sagesse absolue, c’est ce paysage intérieur (ce paysage de l’imagination morale) qui influence le plus profondément leur sens vital des lieux et, comme j’aime à le penser, leur conception inébranlable du soi. Car lorsqu’il est question d’individus tels que Dudley Patterson – et avec lui Sam Endfield, Charles Cromwell et le robuste Talbert Paxton -, le soi et le lieu sont indémêlables. Ayant connu un rapide développement conjoint, chacun est une expression positive de l’autre, telles les deux faces de la même pièce rare, et leur capacité à « relier et solidement attacher » n’est rien de moins que considérable.

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