Miroir, ô

Elle avait demandé – et seule la sidération que sa mort avait provoqué chez le roi peut expliquer que cela lui ait été accordé – que son corps soit livré aux vautours car elle était obnubilée par la blancheur et dans son dernier délire de mourante, après avoir béni sa fille, c’était les seuls mots qu’elle avait encore murmuré : « les os blancs, les os blancs, les os blancs comme neige », comme sa fille, sa Blanche, Blanche comme neige, et ceux qui assistaient à son agonie pressentaient vaguement sans rien y comprendre qu’elle léguait là, à sa fille surtout, mais aussi à quiconque se laisserait gagner par une illumination, un héritage scintillant.

C’est ainsi que ça commence… J’ai choisi de conter Blanche-Neige.
Parce que c’est très connu.
Parce que c’est l’enfance.
Ce que j’y ai trouvé ne s’adresse pas à l’enfance.
Ça s’adresse à l’autre versant : c’est pour la mort.
Connaissiez-vous la terrifiante jalousie des morts pour les vivants?
C’est de cela dont il s’agit : de l’envie.
Et il faut une patiente ténacité pour se défaire de ces rets-là.

Une réflexion sur “Miroir, ô

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