Le Seigneur de anneaux – J. R. R. Tolkien

Toujours après une défaite et un répit, l’Ombre prend une autre forme et croît de nouveau.


– Ne m’avez-vous pas entendu, Gloïn? dit Elrond. Les Trois ne furent pas fabriqués par Sauron, et il ne les a même pas touchés. Mais de ces trois, il n’est pas permis de parler. C’est tout ce que je puis dire en cette heure de doute. Ils ne sont pas inutilisés, mais ils n’ont pas été faits comme armes de guerre ou de conquête : cela n’est pas en leur pouvoir. Ceux qui les ont fait ne désiraient ni la force ni la domination, non plus qu’un amas de richesses, mais l’entendement, la création et la faculté de guérir, afin de conserver toutes choses sans souillure. Ces qualités, les Elfes de la Terre du Milieu les ont acquises dans une certaine mesure, encore que non sans douleur. Mais tout ce qui a été fait par ceux qui se servent des Anneaux tournera à leur perte, et leurs pensées et leurs cœurs seront révélés à Sauron, s’il recouvre l’Unique. Mieux vaudrait que les Trois n’eussent jamais existé. C’est son but.

– Mais que se passerait-il, alors, si l’Anneau Souverain était détruit, comme vous le conseillez? demanda Gloïn.

– On ne le sait pas avec certitude, répondit tristement Elrond. Certains espèrent que les Trois Anneaux, que Sauron n’a jamais touchés, seraient alors libérés, et que ceux qui les régissent pourraient guérir les plaies qu’il a apportées au monde. Mais peut-être qu’à la disparition de l’Unique, les Trois feront défaut et que beaucoup de belles choses passeront et seront oubliées. C’est ce que je crois.


Cela peut paraître de la folie, dit Haldir. en fait, le pouvoir du Seigneur Ténébreux n’est nulle part plus visible que dans la brouille qui divise tout ceux qui s’opposent encore à lui.


– Dans ce cas je n’ai rien à ajouter, dit Celeborn. Mais ne méprisez pas les traditions qui viennent des années lointaines : il arrive souvent que les vieilles femmes gardent en mémoire des choses qu’il fut autrefois nécessaire aux sages de connaître.


Le roi resta silencieux. « Des Ents! dit-il enfin. Hors des ombres de la légende, je commence à comprendre un peu la merveille des arbres, je crois. J’ai assez vécu pour voir d’étranges jours. Longtemps, nous avons soigné nos bêtes et nos champs, bâti nos maisons, forgé nos outils ou chevauché au loin pour participer aux guerres des Minas Tirith. Et c’est ce que nous appelions la vie des Hommes, le train du monde. Nous ne nous préoccupions guère de ce qui se trouvait au-delà des frontières de notre pays. Nous avons des chansons qui parlent de ces choses, mais nous les oublions et nous ne les enseignons aux enfants que par une vague habitude. Et voilà que les chansons viennent parmi nous d’endroits étranges et marchent en chair et en os sous le Soleil. »

 » Vous devriez en être heureux, Roi Theoden, dit Gandalf. Car ce n’est pas seulement la petite vie des Hommes qui est menacée à présent, mais celle aussi de ces choses que vous jugiez affaire de légende. Vous n’êtes pas sans alliés, quand bien même vous ne les connaissez pas.

« Mais je devrais aussi m’attrister, dit Theoden. Car, quelle que soit la fortune de la guerre, ne se terminera-t-elle pas de telle sorte qu’une grande partie de ce qui était beau et merveilleux disparaîtra à jamais de la Terre du Milieu? »

« Il se pourrait, dit Gandalf. Le mal infligé par Sauron ne peut être totalement guéri, et on ne saurait l’annuler purement et simplement. Mais nous sommes condamnés à ces temps. Poursuivons le voyage que nous avons commencé! »


« Pour ma part, dit Faramir, j’aimerais voir l’Arbre Blanc fleurir de nouveau dans les cours des rois, revenir la Couronne d’Argent et Minas Tirith en paix; Minas Anor de nouveau telle qu’autrefois, emplie de lumière, haute et belle, comme une reine au milieu d’autres reines; non la maîtresse de nombreux esclaves, non, fût-ce même la maitresse bienveillante d’esclaves volontaires. La guerre doit être, tant que nous défendons nos vies contre un destructeur qui nous dévorerait tous; mais je n’aime pas le glaive luisant pour son acuité, ni la flèche pour sa rapidité, ni le guerrier pour sa gloire. J’aime seulement ce qu’ils défendent : la cité des Hommes de Numenor, et je voudrais qu’on l’aime pour ses souvenirs, pour son ancienneté, pour sa beauté et pour sa présente sagesse. Non par crainte, sinon comme les hommes respectent la dignité d’un homme âgé et sage.


« Je n’aime rien du tout, ici, dit Frodon. Terre, air et eau semblent tous détestables de même. Mais c’est ainsi qu’est tracé notre chemin. »

« Oui, c’est vrai, dit Sam. Et nous ne serions aucunement ici, si on en avait su plus long avant de partir. Mais je pense qu’il en va souvent ainsi. Les vaillantes choses dans les vieilles histoires et les vieilles chansons, Monsieur Frodon : les aventures, comme j’appelais ça. Je pensais que les merveilleux personnages des contes partaient à la recherche de ces choses parce qu’ils les désiraient, parce qu’elles étaient excitantes et que la vie était un peu terne – que c’était une sorte de jeu, pour ainsi dire. Mais ce n’était pas comme ça avec les histoires qui importaient vraiment ou celles qui restent en mémoire. Il semble que les gens y aient été tout simplement embarqués, d’ordinaire – leur chemin était ainsi tracé, comme vous dites. Mais je pense qu’ils avaient trente-six occasions, comme nous, de s’en retourner, mais ils ne le faisaient pas. Et s’ils l’avaient fait, on n’en saurait rien parce qu’ils seraient oubliés. On entendait parler de ceux qui continuaient tout simplement – et pas toujours vers une bonne fin, notez; du moins pas à ce que les gens qui sont dans l’histoire et pas en dehors appellent une bonne fin. Vous savez : rentrer chez soi et tout trouver en bon état, quoique pas tout à fait pareil – comme le vieux Monsieur Bilbon. Mais ce ne sont pas toujours les meilleures histoires à entendre, si elles peuvent être les meilleures dans lesquelles être embarqué! Je me demande dans quel genre d’histoire nous sommes tombés. »


« Il existe d’autres maux qui peuvent venir; car Sauron n’est lui-même qu’un serviteur ou un émissaire. Il ne nous appartient toutefois pas de rassembler toutes les marées du monde, mais de faire ce qui est en nous pour le secours des années dans lesquelles nous sommes placés, déracinant le mal dans les champs que nous connaissons, de sorte que ceux qui vivront après nous puissent avoir une terre propre à cultiver. Ce n’est pas à nous de régler le temps qu’ils auront. »

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