Causeries, pensées et digressions…

Rien n’est figé, la pensée est mouvement, emmenée par des mots venus comme l’éclair ou depuis les souterrains, on se voit un jour rapace, et l’autre lézard… Donc quand on parle de soi, de ce qu’on fait, c’est un instantané : les certitudes sont celles du moments, les failles sont celles du moment… L’important est qu’il y ait de la lumière; l’important est qu’il y ait de l’ombre!

Que ces occasions de parler de ma pratique de conteuse, dans des discussions amicales, soient de ces filaments à partir desquels tisser ou détisser!



Ce territoire que je suis d’où jaillissent les histoires que je raconte

Je suis issue d’un arbre généalogique déraciné,
Je suis attachée pour toujours à mon paysage d’enfance, une forêt de sapins verts, dense et sombre,
Je suis d’ascendance plus germanique que latine,
Je suis lectrice avant tout,
Je suis attirée par la possibilité que les dieux soient morts,
Je suis effrayée par les malédictions de la fée Carabosse,
Je suis fatiguée quand me chevauchent les voix autres,
Je suis de marbre face aux morts,
Je suis traqueuse des tyrannies de l’ego,
Je suis charpenteuse de récits,
Je suis les traces du conteur Michel Hindenoch qui pose quelques cailloux blancs puis nous laisse cheminer par nous-mêmes,


Il me paraît important de multiplier et de creuser sans cesse la liste des Je suis… car c’est de là qu’on parle, toujours.
Ces Je suis… sont l’histoire revendiquée à partir de laquelle chacun s’exprime.
Il me paraît scrupuleux de tenir cette liste, de la scruter, de l’annoter, de l’amender, l’augmenter, l’invectiver, la secouer…
Je ne suis qu’une expérience du réel parmi d’autres, qui tente de raconter une histoire à mille ramifications.

Que fais-je exactement?
J’utilise le récit et l’écriture – comme raconteuse, écriveuse et liseuse – pour tramer la réalité.
Je tisse ma part de la toile.
J’espère qu’elle puisse servir à quelqu’un.e.s comme embranchement où accrocher leurs propres fils.

J’ai mes propres motifs.
J’ai mes propres musiques.
J’ai mon propre idiome.

Je tente de les tenir à l’écart du spectacle uniformisé par la bureaucratie.
Je résiste aux dossiers, au réseautage, à la marchandisation.
Les histoires qu’on tente n’ont de puissance que libres.
Dégagées des carcans où s’agglutinent les mondes qui meurent.
Les histoires doivent être inventées là où elles n’ont pas encore de mots et de voix pour se dire.
Je préfère quand elles vont discrètes, indifférentes aux ors du spectacle.

©Catherine Pierloz 2019

2 réflexions sur “Causeries, pensées et digressions…

  1. Quelle conteuse ​tu es, Catherine.
    J’irai te voir à ta prochaine visite ici. Sois-en certaine.
    (J’avais cherché déjà. Mais je n’ai vu que maintenant que tu étais à Montréal il n’y a pas si longtemps. Quand tu reviendras, j’y serai. Du moins, je l’espère.)
    Cette entrevue des récits et des ondes est belle.
    Et Anne et toi près de l’eau et de l’arbre. Ce regard posé sur vos processus créatifs, vos territoires intérieurs. Un réel bonheur. Tout ça résonne en moi.
    Merci à Anne et à toi.

    J'aime

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s