Un si profond silence – Anne Guinot

J’ai toujours eu l’image de la petite fille de deux ans que j’étais comme de celle d’une petite adulte, je parlais si bien, à ce qu’on m’avait raconté. Les mots dans la bouche, ça m’a nourri. J’ai si bien enterré ma détresse derrière les mots. Ils m’ont toujours protégée, soutenue, portée et puis un jour, ils n’étaient plus là, disparus eux aussi. J’avais perdu les mots. Je me suis rendu compte du vide en moi. J’avais oublié ce que parler veut dire.


Nous devons réapprendre à parler tout seul.

– Prescription du médecin –

Refaire le chemin qui relie les sons entre eux

Traverser les intervalles entre les lettres

Articuler sans peur du gouffre les interstices entre les mots

Nous avons perdu la voix

A force de vivre comme ça

A force d’être loin

A force d’adaptation.

Nous avons perdu la voix

le son qu’elle faisait

Nous ne nous en souvenons plus.

Nos voix absentes, nous sommes devenus

Des fantômes errants dans nos appartements.

Reprendre corps

Pas comme cette chaise

ou cette table gentiment

posées là.

Plutôt comme la cafetière qui chante lorsque le café lui remonte

dans le corps en un

glouglou joyeux.

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