Blanche-Neige – Robert Walser

Blanche-Neige:

Oh, il n’y a plus de péché.

Il s’est éteint dans notre cercle,

il a fui. Et la pécheresse

dont, en loyale enfant, je baise

la main, je la prie de commettre

bien des péchés aussi aimables.

Quoi, Prince? Accumuler la haine?

Oubliez-vous votre promesse

toute récente, ce serment

que vous avez fait à la Reine,

agenouillé face à l’image

de son adorable splendeur?

Montrez votre amour, car vraiment

il vous sied de faire gaiement

l’hommage d’un baiser pudique.

Moi aussi, je me crus blessée,

chassée, persécutée, haïe.

Sotte et butée, j’ai tout de suite

supposé un péché malin,

pour me jeter dans le soupçon,

et pour m’aveugler d’amertume.

Chassez l’idée hâtive d’un

verdict, d’une loi de colère.

Notre loi est douceur; douceur

est paix couronnée; prenez part

à la fête qui, sainte et douce,

jette les péchés dans les airs

et en joue comme avec des fleurs.

Soyez donc gais de pouvoir jouir

de la gaieté. Oh, que ne sais-je

plaider si grande et sainte cause!

Je n’ai pas le don de parler;

bien trop sauvage est mon désir,

trop impétueuse m’emplit

la joie haute contradictoire.

Une réflexion sur “Blanche-Neige – Robert Walser

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