Les incandescentes – Élisabeth Bart

Pour Cristina Campo, Maria Zambrano et Simone Weil, « pouvoir écrire » est une grâce, le fruit d’une ascèse. L’enjeu de l’écriture est d’ordre ontologique : on écrit pour défendre sa solitude et accéder à l’être, dans une quête incessante de la Vérité. (…) Toutes deux savent qu’une telle exigence passe par des déserts arides, des labyrinthes et des nuits, l’ascèse qui purifie, précisément. Comprenant que son amie traverse un tel passage pendant son séjour en France, Cristina lui rappelle cette exigence, en quelques phrases magnifiques empreintes d’une tendre sollicitude : « Ne te laisse aller d’aucune façon, Maria, à revenir à Rome avant que tu aies fini ton livre. Tu as froid, tu es triste, tu rêves peu, tu n’as pas la force. Cela n’a pas d’importance. Tout cela fait partie de ton livre, tandis que la vie à Rome n’en fait pas partie, et tu te séparerais de lui encore une fois – et cette fois peut-être pour toujours. Que tu écrives ou que tu n’écrives pas, que tu sois triste ou joyeuse, ne reviens pas. Attends ton livre là où il t’a donné rendez-vous. Ne le trahis pas. Un livre est comme l’Époux – il ne dit pas l’heure de son arrivée. Mais toi, ne laisse pas la porte et la lampe. Rappelle-toi que tu me l’as promis – et la promesse, déposée dans mes mains, ce n’est pas à moi qu’elle a été faite. » Et quand un livre de Maria lui arrive, Cristina exprime sa joie et son admiration. Chez ces êtres qui ne connaissent entre eux ni les rapports de force ni la rivalité, le livre de l’ami(e) devient source d’inspiration, vivifie leur propre écriture, féconde, sans l’altérer, leur propre solitude.

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