Pour tout vous dire – Joan Didion

Beaucoup de gens s’y connaissent en angles de vue, de nos jours; très peu s’y connaissent en phrases. La disposition des mots est cruciale, et la disposition que vous voulez, c’est ans votre image mentale que vous allez la trouver. C’est l’image qui dicte la disposition. C’est l’image qui vous dit si la phrase devra comporter ou non des propositions, si elle devra se terminer de manière abrupte ou suspendue, si elle devra être longue ou courte, active ou passive. C’est l’image qui vous dit comment disposer les mots et c’est la disposition des mots qui vous dit – qui me dit, en tous cas – ce qui se passe dans l’image.


 » J’ai toujours été embarrassé par les mots : sacré, glorieux, sacrifice, et par l’expression « en vain », avait écrit Hemingway dans L’Adieu aux armes en 1929. Il y avait beaucoup de mots qu’on ne pouvait plus tolérer et, en fin de compte, seuls les noms des localités avaient conservé quelque dignité. »


« Les détails concrets de l’écriture, a déclaré un jour Norman Mailer dans une interview, affectent directement la physiologie ou le métabolisme. Sur la ligne de départ vous êtes immobile et peu à peu vous devez accélérer, faire tourner votre cervelle jusqu’à ce que les mots arrivent – les mots justes, et dans le bon ordre. L’acte d’écrire est toujours généré par un certain minimum d’ego : vous devez adopter une position d’autorité pour affirmer que la seule façon dont ça s’est passé c’es tla façon dont je le décris. La panne de l’écrivain, par exemple, ça n’est rien d’autre qu’une faiblesse de l’ego. »